"Nous sommes des résistants qui encouragent les résistances. Notre métier nous amène à pratiquer une gymnastique intérieure. Nous cultivons le respect de nos clients mais aussi le respect de toutes les différences. Nous avons un désir d'authenticité. Nous pratiquons une écoute qui ne juge pas, et nous recherchons des choses qui "marchent". Nous croyons que les groupes sont une grande ressource et que les liens qui s'établissent entre les gens produisent de
l'énergie, de la créativité, comme un vaisseau spatial qui permet de toucher les étoiles. Notre place là dedans est importante : nous devons nous rendre visibles, nous devons connaître le nom de ceux que nous aidons afin de veiller à ne pas les normaliser, mais à les conduire vers leur propre royauté. Les accompagner ne signifie pas les porter sur notre dos : notre posture est humble. Nous sommes des guerriers du silence qui font renaître la parole et la possibilité de vivre autrement.
Nous habitons ici et maintenant et soutenons les personnes et les groupes dans l'affirmation de leur singularité. Oser sortir de notre cache nous permet d'aider les autres à grandir et à se sentir fiers de raconter leur histoire. Nous sommes des passeurs entre le visible et l'invisible. Nous osons travailler partout et avec tous : papooses, guerriers et vieux chefs afin de les aider à faire refleurir leur projet et à reprendre leur place dans leur vie et dans la cité. Nous voulons faire connaître ce que nous pouvons apporter : tisser des liens et des réseaux, des réseaux avec les autres et des liens avec soi-même, ouvrir la porte d'un tas de possibles.
Notre force est d'être justes, notre talent est de voir la grandeur de l'autre, notre équilibre est d'avoir un soleil dans le ventre."
Ce texte baroque à la sombre beauté est un montage définitionnel des propos tenus par les 24 témoins interviewés lors du premier anti-colloque de l'Association Européenne de Coaching qui a eu lieu à Bordeaux le 1er octobre dernier.
Le thème en était : "le coach dans la cité" et la question centrale de savoir quelle peut être la place des coachs dans la vie de la société. Ce qui me touche : la référence pratiquement omniprésente aux thèmes de "résister", "aider les autres
à résister", "faire s'exprimer les voix minoritaires". L'image que cela me donne des coachs est celle des rebelles qui, voguant dans le vaisseau "Nabuchodonosor", sous le commandement de Morphéus, luttent contre les machines qui exploitent l'humanité et essaient de débrancher un maximum de gens e la Matrice. Je fais référence bien sûr au film "Matrix", le chef d'oeuvre des frères Wachowsky. Cette image me touche dans ma propre vie car les notions de résistance à la normalisation et d'expression des voix minoritaires sont centrales dans l'histoire de ma famille, des deux côtés. Et ce que cela m'apprend est que j'ai bien choisi mon métier, et que lorsqu'on réunit 55 coachs autour des processus narratifs australiens, en faisant intervenir en renarration des renarrations une clown, une plasticienne et un musicien, on obtient une communauté soudée autour d'une très haute vision de ce métier tellement galvaudé par les médias. Cela me donne de la fierté et de l'espoir.
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