Médiat-Coaching SARL

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Médiat-Coaching

 

Lettre ouverte à certains penseurs par d’autres qui pensent aussi, en plus d’agir


"Tout ce qui est excessif est insignifiant"
Charles Maurice de Talleyrand

"Le goût classe et classe celui qui classe"
Pierre Bourdieu


PREFACE
En décidant d’ouvrir ce dossier, je me suis rendu compte de la difficulté à travailler seul et le risque d’excès et de dérive. Sans relectures, critiques, modifications, ajustements faits par d’autres, l’auteur peut rapidement, en vagabondant seul, dériver vers des points de vue si personnels que ses écrits ne parlent alors plus que de lui. Il passera possiblement alors de l’information à l’impudeur, comme les auteurs dont nous allons évoquer les écrits. C'est le piège dans lequel ils sont tristement tombés.

C’est pourquoi les différents textes publiés ici ont été relus et policés par Isabelle Laplante (pédagogue et coach), Anne de Beer (sociologue conseil), Catherine Besnard Peron (ingénieure et coach), Nicolas Koreicho (psychanalyste, psychothérapeute et formateur en psychopathologie)
Envoyez-nous vos commentaires sur ces articles, votre point de vue. Nous ouvrirons une page à ce sujet. Ou écrivez directement à l'auteur(e)


Deux livres aux propos bien excessifs sont parus il y a peu :
 
- celui de la philosophe Michela Marzano
- celui du sociologue Robert Ebguy.

Cet article voudrait participer humblement à rétablir une certaine réalité.
En rapport à ces livres, nous n'évoquerons que la partie qui fustige le métier de coach.
Un compte-rendu détaillé et critique du livre de Michela Marzano est lisible sur ce site en cliquant ici


Si les auteurs de ces livres souhaitent répondre, nous leur laisserons évidemment un espace pour cela !

Pourquoi diaboliser un métier ?
Pour vendre ? Nous parlerons ici des métiers dans le champ de la relation d’aide. Il y a eu des épigrammes contre les psychiatres, à un autre moment contre les psychothérapeutes, et aujourd’hui c’est des coachs dont il s’agit. Peut-on stigmatiser une profession qui émerge par une généralisation abusive, une abstraction, un concept ?
Nous ne parlerons ici que des propos qui, dans ces deux livres évoquent le coaching et les coachs.

De loin, il y a le coaching et les entreprises, et à mesure que l’on se rapproche, ce sont des humains, des situations, des contextes différents qui se présentent, puis si nous nous rapprochons, des cas particuliers, des personnes spécifiques, un client unique avec un coach unique dans une relation unique. Et tout ceci à pour nom coaching.

« En changeant d'échelle, on ne voit pas les mêmes choses en plus grand ou en plus petit, en grandes lettres ou en petits caractères ». (L'âme et la cité, Platon).
Vous fustigez un métier, une population de professionnels, vous faites une généralité, et derrière, il y a des humains, des personnes, toutes différentes, uniques et respectables. Les conclusions valables pour un individu ne peuvent être étendues à un ensemble d'individu. Ou est votre mobilité, votre regard de sociologue. Ou est votre capacité à utiliser les échelles d'observation ? La vie n’est que détails, différences, exceptions, événements particuliers...

Serait-ce un glissement de l’information au colportage ? Les informations sur lesquelles vous vous appuyez pour parler de notre métier s’appuierait-il sur des anecdotes croustillantes ?
Et bien, il existe de bons coachs et de mauvais coachs, et des coachs moyens, et des coachs formés, titulaires, certifiés etc. et d’autres qui s’auto-proclament... A propos de chaque profession il est possible de dire du mal et de s’ériger en juge, en censeur.
C’est sur la vague de la culture du scandale que surfent certaines personnes cultivées, qui devraient savoir prendre du champ, « penseurs » qui devraient savoir garder une distance critique. Au contraire, Michela Marzano et Robert Ebguy publient chacun un réquisitoire, une "philippique" dérivant à partir d’une généralité ou d’une rumeur, extrapolant à partir de dérives potentielles ou présupposées, qui loin d’informer et de permettre aux lecteurs de prendre de la distance, sont excessifs et combattent leurs propres idées alors qu’ils défendaient la liberté de chacun. Il y a de quoi dormir debout. Vous qui vous dressez contre la norme, vous participez par votre discours à la renforcer. En voulant diaboliser une profession qui ne serait pas digne d'exister, vous vous positionnez en détenteurs du savoir et de la connaissance de ce qui est bien pour tous et de ce qui est mal pour tous.
Chers penseurs, gardez dans votre mémoire ce que disait Pierre Bourdieu : « Dans les sociétés contemporaines développées, la reproduction des inégalités se fait à travers la transmission du capital culturel ». Votre ton manifesterait-il une reproduction des inégalités ? (garder le pouvoir de la culture par exemple…).

C’est la dérive possible de la pensée moderne contre laquelle se dresse la pensée post-moderne, elle aussi ayant ses excès. La pensée moderne à la recherche de vérités, produisant de nombreuses généralités pour sécuriser les inquiétudes. L'autre ne se retrouvant que dans les cas particuliers.

Alors, avez-vous interviewé des professionnels (coachs, consultants de différentes obédiences) ? 
Intellectuel à la critique facile, nous avez-vous interviewé sur notre éthique professionnelle, sur la manière dont nous pratiquions notre métier ? Avez-vous effectué une étude sérieuse/approfondie ? Avez-vous entendu parler des différentes façons de pratiquer ce métier, des différents courants ? Anglo-saxon, ou latin ? Stratégique ou collaboratif ? D’origine psychodynamique, comportementaliste, systémique, constructionniste social ? Et je vais éviter de fatiguer le lecteur par plus d’énumérations. 

En cliquant sur ce lien vous pourrez accéder à la table des matières du livre ci-dessous. Vous y verrez des expressions édifiantes.

Pour vous rassurer, Monsieur Ebguy (1)
Une profession non réglementée ? Profession à laquelle nous ne serions pas assez formés à cause de quelques exemples de mauvaise conduite ? Comme partout il y a des personnes incompétentes ou non éthiques. Réglementer la profession ? Il existe des associations et des syndicats professionnels, c’est leur rôle. Il existe une accréditation européenne et une certification internationale comme organismes tiers pour évaluer les cursus de formation au métier de coach.
Il existe différents codes de déontologie/chartes proposés par chacune de ces associations . Et c’est le rôle de ces associations et syndicats professionnels de prononcer les « normes » du métier (2).

Les acheteurs de coaching dans les entreprises sont des personnes informées et souvent formées à ce métier. Mettriez-vous dans le même sac d’incompétents ou pire, complices, les pédagogues, les praticiens et les prescripteurs de coaching ?

Tous complices ?
Le coaching comme "outil idéologique", suppôt de la direction, du pouvoir moderne, de la norme, pourquoi pas du capitalisme sauvage… Pour un peu, voilà que pourrait surgir implicitement la théorie du complot !
Certains coachs pensent respecter un code de déontologie, d’autres un code éthique personnel. et forment des coalitions (soutenant l’entreprise contre le coaché ou défendent le coaché contre l’entreprise), dans tous ces cas, ceci n’est pas éthique. Mais la plupart privilégient la seule relation éthique, la relation triangulaire, attentifs à garantir une relation saine entre celui qui paye ou demande le coaching, celui qui le vit et le coach ; respectant le contrat écrit avec le prescripteur et le contrat moral avec le coaché/client.

Monsieur Ebguy, quand vous écrivez « Le coaching ferait son beurre sur la misère existentielle, en laissant croire que la vie est une course contre tous les autres et qu’il faut « gagner » – un gain sans réel contenu autre que matériel »,
pensez-vous que tous les coachs ne pensent qu’à la performance, à la réussite, à l’entreprise de soi ? Comme si aucun d’eux n’avait lu Foucault et ses avertissements. Nous prendriez-vous pour des incultes, vous, sociologue cultivé au joli phrasé, mêlant Levi-Strauss, Michel Foucault et Rimbaud ? Nous avons une conscience, une capacité de réflexion, nous avons une éthique, un cadre d’intervention, et peu de coachs pratiquent un coaching comportemental en coalition avec le donneur d’ordre ! Notre travail s’inscrit dans une perspective du service à l’individu. J’ose espérer que vous n’avez pas bâti votre argumentaire uniquement sur des bruits de couloir et que vous avez mené votre enquête auprès de différents professionnels, les interviewant pour faire la part des choses. Penser par cas" comme le proposent maintenant certains historiens en micro et macro histoire, éitant le piège de la soit disante vérité du récit.

Auriez-vous une image si faible de l’être humain « en général » pour penser une seule seconde les coachs assez aveugles pour ne pas avoir identifié les angles morts de leur profession ? Pour ne pas aborder certains des points essentiels auxquels ils sont confrontés : la relation triangulaire entre l’entreprise, le client et le coach ? La loyauté nécessaire ? Et mettre en place un contrat pour respecter les espérances de chacun dans une éthique partagée ? Un autre point fondamental étant d’avoir une idée claire des limites d’intervention du coaching et des frontières à ne pas dépasser afin de respecter le contrat et ne pas dériver vers d’autres métiers comme la thérapie pour lesquels ils ne sont pas habilités ? De garantir au client en séance que le cadre de coaching serait respecté.

Cher auteur, vous écrivez « Le coaching emprunte pratiquement à tous les domaines, couvrant ainsi la variété des styles de vie en se posant la question du comment (réussir), mais jamais du pourquoi ».
Il n’y a qu’une personne non informée, qui n’a pas interviewé des coachs professionnels pour énoncer de pareilles approximations. Comme si nous ne savions pas que la question « pourquoi » est évidemment essentielle pour permettre au client de verbaliser ses intentions, valeurs, buts, engagements. C'est une question utile lorsqu'elle interroge l'expérience plutôt que l'intelligence, interroger l'expérience antérieure au concept. 
 
Une bonne nouvelle pour vous
Nous lisons, réfléchissons et sommes nombreux à nous être penchés sur les écrits de Michel Foucault et d’autres auteurs contestataires. S’il existe quelques coachs auto-proclamés et incompétents, ils ne représentent ni la profession, ni son métier, ni son éthique. De plus vos propos pourraient révéler la piètre opinion que vous avez des personnes (clients) : les représentant comme faibles, vélléitaires, incapables de savoir choisir ce qui leur est utile, de réfléchir par eux-mêmes, d'user de discernement.

Vous nous dites que c’est un cri du cœur, alors poussez un cri du cœur et avancez au lieu d’aller chercher les quelques professionnels qui ressembleraient à vos cauchemars, à votre affirmation « le coaching est une pratique sans éthique ». Les associations professionnelles nous demandent de nous engager sur leur charte ou code éthique pour pouvoir y adhérer (1).
Vous avez une belle intelligence. Participez à l’évolution. Epargnez-nous votre « dissociété, de plus en plus inhumaine et incivile ». Vous montrez par votre écrit l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire. Quelle contre-démonstration de votre part !

De grâce, cher universitaire, cher intellectuel, ne participez pas par ces discours et écrits excessifs, au soutien de la norme et du pouvoir moderne que vous semblez critiquer initialement. Nous allons supposer que vous avez la distance nécessaire pour être en accord avec Michel Foucault lorsqu'il dit : "Il faut souligner que je ne souscris pas sans restriction à ce que j’ai dit dans mes livres. Au fond j’écris pour le plaisir d’écrire".

A écrire sur vos propos, vous commenceriez à me devenir sympathique dans vos craintes déclamées. Malheureusement vous semblez vouloir détruire le mauvais objet, et l'humain n'en est pas un,alors c'est à l'être que vous vous attaquez, et c'est cela qui est grave.

Bien cordialement,

Nicolas De Beer
nicolas.debeer@mediat-coaching.com
Texte relu et parfois policé avec l'aimable concours d'Anne de Beer (sociologue conseil), Isabelle Laplante (pédagogue et coach), Catherine Besnard Péron (ingénieure et coach), Nicolas Koreicho (psychanalyste, psychothérapeute, formateur en psychopathologie).


NOTES
(1) cliquant sur ce lien vous aurez également l'Avis de Nicolas Koreicho sur cette façon de traiter le sujet 
(2) Société Française de Coaching – Association Européenne de Coaching – International Coaching Fédération France.